Etape 07 – Un petit pas pour Romans, un grand pas pour le made in France

l'atelier montage

Nous quittons les Alpes pour descendre dans le midi. Notre petit van file sur l’autoroute au milieu des camions hollandais, espagnols et bulgares qui transportent leurs marchandises à travers l’Europe. Les hautes montagnes enneigées des Alpes laissent place au massif aride du Vercors. Comme si, passé Grenoble, elles commençaient doucement à fondre au soleil. Derrière nous, les châlets de bois et le reblochon, ici, les fermes de vielles pierres et le fromage de brebis. Ca sent le sud! Nous nous arrêtons dans la Drôme, pays de la noix et du cheval. Nous allons visiter l’atelier de fabrication de chaussures du groupe Archer, à Romans-sur-Isère, capitale de la chaussure ! Leur marque: Made in Romans, tout simplement.

 

Atelier montage. Les bottines made in Romans

Atelier montage. Les bottines made in Romans

Le savoir-faire romanais du cuir date du XVème siècle. Il y a encore 30 ans, des milliers d’ouvriers travaillaient dans les usines de chaussures et les tanneries de cuir de la ville. Romans vivait au rythme des collections de ballerines, sandales et bottes de luxe Charles Jourdan ou encore Stéphane Kelian. On raconte que lors de la fermeture estivale des usines le 3 août, il y avait des embouteillages monstres dans la ville car les usines et ateliers fermaient le même jour. Romans était ville morte le temps des vacances.

Léo et Mohamed Ali et leur talon

Léo et Mohamed Ali et leur talon

Aujourd’hui, c’est un peu ville morte tout le temps. Enfin, n’exagérons pas. Mais il faut bien avouer que les délocalisations vers l’Asie et l’Afrique du nord ont laminé ce territoire. Notre visite dans Romans nous donne le cafard. Les fantômes du passé surgissent à chaque coin de rue. L’usine Jourdan, qui a fermé ses portes en 2007, est toujours là mais laissée à l’abandon. Le centre-ville historique est désert, vidé de ses commerces. Avec plus de 17 % de chômage, le pouvoir d’achat des Romanais a très fortement baissé. Impression qu’un déluge a eu lieu. Ou une guerre. Alors c’est ça, la désindustrialisation ?

 

 

« Nous sommes des militants de la main d’oeuvre »

Si l’épopée industrielle de la chaussure romanaise est bel et bien révolue, une dizaine de petits ateliers perdure courageusement ce savoir-faire à échelle artisanale. Ils sont les derniers mohicans de Romans. Parmi eux, l’atelier du groupe Archer que nous visitons. 8 salariés y travaillent. 4500 paires de chaussures y sont fabriquées tous les ans. L’activité se développant, un autre atelier pourrait voir le jour.

Archer n’est pas une entreprise comme les autres. C’est avant tout une entreprise d’insertion pour les personnes éloignées du monde du travail. Et il y avait fort à faire à Romans. Lorsqu’Archer fut fondée dans les années 80, on comptait plus de 25% de chômage. Elle se donna pour mission de remettre coûte que coûte des hommes et des femmes en activité et de redynamiser l’économie du territoire sinistré. Chez Archer, l’emploi prime sur la rentabilité.“Nous sommes des militants de la main d’oeuvre” aime à dire Christophe Chevalier, PDG d’Archer.

 

Entrepreneurs de territoires

Archer ne travaille pas seul. Collectivités territoriales et entreprises locales sont parties prenantes de ce projet et même actionnaires du groupe. Les premières subventionnent et délèguent, les seconds commandent et sous-traitent. Un modèle économique vertueux qui a pour nom : pôle territorial de coopération économique, les PTCE. Ce qui fait dire à Christophe Chevalier qu’il est aussi “un entrepreneur de territoire”.

Aujourd’hui, Archer compte 15 pôles d’activités allant de la fabrication de chaussures à la sous-traitance automobile en passant par l’aide à domicile, le bâtiment ou encore les espaces verts. 1200 personnes travaillent pour Archer chaque année.

 

Coupe Coupe le cuir

Retour à l’atelier. Dans un silence religieux que seuls le ventilateur et la petite radio poussiéreuse viennent interrompre, les 8 artisans coupent, piquent, assemblent, cognent, agrafent, polissent, cirent les chaussures. Emmanuelle Benoît, chargé de com’ du groupe Archer, assure la visite. La première étape, c’est le coupage du cuir. Le dessus colorés des chaussures Made in Romans est fait des plus beaux cuirs de la région, ceux des tanneries Roux, elles aussi rescapées du naufrage de la chaussure romanaise. Il y est fait un cuir tendre et d’excellente qualité. Vuitton, Hermès et Dior s’y fournissent.

Le saviez-vous ? Une peau doit être coupée dans un sens particulier, celui du ventre de la vache. En effet, un veau doit pouvoir y loger. La peau est donc extensible dans la largeur du ventre. Le coupeur fait tourner plusieurs fois la peau sur elle-même pour trouver le bon sens pour couper le cuir. S’ensuit le piquage, le montage puis les finitions et la chaussure est fin prête, comme vous pouvez le voir sur ce petit film.

 

 

Romans-sur Isère est la capitale de la chaussure. Pourtant, il est difficile d’y trouver des artisans qui sachent encore fabriquer une paire de chaussures de A à Z. La raison? En implantant le travail à la chaîne dans les usines, les industriels ont détruit le savoir-faire artisanal, qui lui, sait confectionner une chaussure intégralement. Ainsi, les ouvriers romanais ne maîtrisent qu’une, deux ou trois opérations maximum sur une quarantaine que nécessite la fabrication d’une chaussure. Merci mister Ford !

Pour mettre en place leur atelier de chaussures, Archer a dû former des ouvriers qui avaient 30 ans de métier derrière eux. Une situation ubuesque qui montre les limites du “progrès” technologique.

Archer a également recruté des artisans de cuirs tunisiens, arméniens et marocains chez qui le savoir-faire n’a pas complètement disparu. Le jeune Mohammed Ali, par exemple, a quitté l’atelier paternel de Sfax en Tunisie pour travailler en France parce que les commandes de son père partaient en Asie.

Résumons: la France délocalise en Tunisie, la Tunisie délocalise en Asie et les Tunisiens sauvent le Made in France! Ca donne le tournis, la mondialisation ! Mais cela prouve une chose, c’est que la mixité participe au sauvetage production française, n’en déplaise à madame Lepen.

Archer-made-in-romans-l'atelier piqûre-20

Mohamed Ali (Tunisie), Daniela (Roumanie), Léo (Arménie) et Noémi (Hollande)

Ah oui, une petite chose qui nous a bien plu… Quand on ouvre une boîte à chaussures Made in Romans et qu’on soulève le papier de soie, on peut lire “On sait encore faire des chaussures en France”. Une petite revanche sur le destin, à sucer comme un bonbon menthe sur la route de notre prochaine étape : Marseille !

Mise en boite. La touche finale

Mise en boite. La touche finale

 

 

 

 

 

Un commentaire

  1. JeanfaivreNo Gravatar   •  

    magnifique de pouvoir se chausser français,merci pour votre savoir faire

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