Etape 15 – 727Sailbags recycle les voiles de bateaux

Sur chaque sac, une fiche d'authentification de la voile utilisée. Ici, une voile du skipper Jean-Pierre Dick

C’est à Lorient, la nouvelle Mecque de la voile, que s’est installée 727Sailbags. Cette entreprise bretonne fabrique des poufs, des transats, des polos, mais surtout des sacs à partir de voiles de bateaux usagées. L’atelier de fabrication se trouve sur le port, au cœur du pôle course. Les couturières ont donc vue sur les écuries des plus grands skippers français.

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La boutique et l’atelier 727 Sailbags à Lorient.

727Sailbags surfe sur la tendance du made in France et de l’écologie. En 2014, l’entreprise recycle plus de 50 000 mètres carrés de voiles provenant de voileries, de loueurs de bateaux et de skippers. “Les déchetteries ne savent que faire de ces voiles, impossibles à transformer comme le carton ou le plastique. Elles sont donc enfouies dans le sol quand elles ne sont pas récupérées,” explique Camille, qui s’occupe chez 727Sailbags de collecter cette encombrante matière première. La jeune professionnelle estime que 400 000 mètres carrés de voiles seraient jetés chaque année en France.

Recycler les voiles de bateaux pour en faire des sacs et des accessoires, l’idée n’est pas nouvelle. De nombreuses entreprises en France le font mais de façon plus artisanale. L’originalité de 727Sailbags est d’indiquer au client la provenance de la voile. Sur chaque produit, une fiche d’authentification récapitule le type de voile (grand voile, spinnaker, génois ou encore planche à voile et kitesurf), le type de bateau qu’elle a fait voguer (catamaran, trimaran, monocoque…), les océans sur lesquels elle a navigué, et parfois même le nom du skipper et de la course effectuée. Ainsi, 727Sailbags a sorti une série limitée de sacs issus des anciennes voiles de bateaux d’Eric Tabarly. Plus récemment, ce sont des voiles signées par Jean-Pierre Dick ou Marc Thiercelin qui ont été récupérées et transformées. Des voiles de champions !

Avoir un pied dans le monde marin a sûrement facilité la création de cette entreprise. Sur les trois fondateurs, deux l’ont depuis longtemps. Jean-Baptiste Roger a été champion du monde de Hobbie Cat 16 en 1999. Très tôt, dans son grenier, il a fabriqué des sacs en toile de voile. Aujourd’hui, il dirige l’atelier de production. Anna Beyou est l’épouse de Jérémie Beyou, skipper breton vainqueur en 2011 de la transat Jacques Vabre et de la solitaire du Figaro. Aujourd’hui responsable de la communication de 727, elle concevait elle aussi des sacs en voile recyclée avant la création de l’entreprise. Le commercial et financier de l’équipe, sans lequel le bateau n’irait pas bien loin, s’appelle Erwann Goullin et c’est un enfant du Morbihan. Cette entreprise à trois têtes emploie une vingtaine de salariés dans le petit atelier lorientais qui découpe, assemble et accessoirise les sacs et les autres objets.

L’entreprise connaît une ascension fulgurante depuis sa création en 2010. En moins de cinq ans, elle est passée de 60 000 euros de CA à 2 millions ! La raison ? De beaux produits bien sûr mais aussi un modèle économique astucieux. Les vieilles voiles sont échangées aux vendeurs contre un bon d’achat chez 727Sailbags équivalent à 1 voire 2 euros du mètre carré de voile. Difficile de trouver une matière première meilleur marché. Les sacs, eux, coûtent entre 80 euros pour un modèle « Legende » et 400 euros pour les éditions limitées :Le prix à payer pour avoir à l’épaule un peu de l’âme des vieux loups de mer. Ces produits haut de gamme attirent une clientèle aisée de parisiens en mal de mer et de plaisanciers du Golfe du Morbihan.

Les produits 727Sailbags ont le vent en poupe. L’entreprise commence à ouvrir des boutiques. Elle vient de jeter l’ancre à Paris dans le très chic 1er arrondissement et à l’Ile de Ré. Son objectif dans les cinq ans à venir ? Ouvrir le capital à des investisseurs, créer d’autres points de vente et embaucher vingt salariés supplémentaires. Si l’entreprise n’essuie aucune tempête, elle escompte réaliser cinq millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016. Espérons que l’esprit artisanal de cette petite boîte de voileux continue de souffler !