Etape 17 – article – Sphere invente la poubelle de demain

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C’est dans le village bucolique d’Ouville-la-Rivière, en Haute-Normandie, que le siège de l’entreprise Sphere est implanté. Difficile d’imaginer qu’ici, au milieu des pâturages et des coquettes maisons de briques, se cache le leader européen de l’emballage ménager ! Les chiffrent parlent d’eux-même: 360 millions d’euros de chiffre d’affaires, treize sites de production en Europe dont six en France et 1200 salariés. Sphere fabrique chaque année une dizaine de milliards de sacs-poubelle, sachets de congélation et papier cuisson pour la grande distribution, les collectivités territoriales et le monde professionnel. L’entreprise possède également sa propre marque, Alfapac, dont les produits sont labellisés OFG.

Comment un groupe de cette taille, fabriquant sur le territoire français des produits aussi communs que le sac plastique, parvient-il à résister à la concurrence des pays émergents? “L’innovation est notre salut” affirme Jean-François Gallet, le directeur général délégué. Impossible de rivaliser avec les pays à bas coûts sur une matière développée il y a trente ans, comme le plastique, dérivé du pétrole. Nous devons innover”.


Des sacs-poubelle en betterave, canne à sucre et patate !

Et chez Sphere, l’innovation passe par des produits plus écolos. “Autrefois, notre objectif était d’améliorer le quotidien des consommateurs, aujourd’hui, nous nous focalisons sur l’environnement,” précise-t-il. Leur prochain défi ? Se passer définitivement du pétrole d’ici quelques années pour produire des sacs-poubelle.

Progressivement, le groupe remplace le polyéthylène vierge issu des dérivés du pétrole par l’éthanol issu de la betterave ou de la canne à sucre. Une façon d’anticiper la raréfaction de l’or noir dans les années à venir mais surtout de réduire le gaz à effet de serre. Dans le cas de la canne, l’empreinte carbone est bien moindre car la plante absorbe le carbone rejeté dans l’atmosphère. De plus, les résidus fibreux issus du broyage de la canne, la bagasse, sont utilisés comme combustible pour faire tourner les usines d’éthanol. Le groupe s’approvisionne essentiellement au Brésil et en Asie.

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Sacs poubelles Alfapac labelisés OFG

Sphere ne s’arrête pas aux biocarburants. L’entreprise fabrique également des sacs à base de fécule de pomme de terre entièrement biodégradables. Comme n’importe quelle épluchure de légumes mise au compost, un sac en fécule de pomme de terre peut se décomposer sans aucun résidu et devenir terre en quelques semaines seulement. Mais la fécule de pomme de terre présente un autre avantage. Elle peut être produite sur le territoire grâce à la filière « patate » française. La révolution de la biocompostabilité est déjà bien engagée: 18% du chiffre d’affaires de Sphere proviennent de la vente de ces sacs nouvelle génération. On peut les trouver dans les rayons des supermarchés sous la marque Alfapac.

Le “roi du sac plastique” vise une production 100% écolo

La biocompostabilité est prometteuse. “Aujourd’hui, c’est un sac en fécule de pomme de terre. “Demain, ce pourrait être un gobelet !” s’enthousiasme Jean-François Gallet. Depuis dix ans, 4% du chiffre d’affaires de Sphere sont consacrés au développement de cette technologie. Le groupe possède un laboratoire de recherches de pointe en Allemagne. L’entreprise vise une production 100% végétale ou recyclée d’ici 2020.

Le souci constant de développer de nouveaux produits est l’un des secrets de la réussite de cette entreprise. C’est aussi ce qui lui permet de rester sur le territoire. Aujourd’hui, plus de la moitié des 1200 salariés Sphere travaillent en France et 70% de la production du groupe sont encore réalisés sur le territoire. “Notre groupe s’est toujours opposé à la délocalisation et reste un des seuls acteurs européens à ne pas être parti en Chine, en Thaïlande ou en Pologne. Un choix qui nous a amené à relocaliser en France trois usines que le groupe avait acquises en Allemagne et en Italie du Sud”, a déclaré dans la presse John Persenda, le PDG de l’entreprise lors de la remise du label OFG pour ses produits Alfapac en 2013. Pour vanter les mérites de la production française, celui qu’on appelle aujourd’hui “le roi du sac plastique” est même allé jusqu’à imiter le ministère du redressement productif… Pour le Parisien magazine, il a posé en marinière, un rouleau de sac Alfapac à la main.