Etape 06 – Bourgeois – Les fours Bourgeois: haute technologie et écologie

Au pied du Mont Blanc

Le four Zenith Millenium, c’est un four de pro pour les amateurs passionnés de cuisine. Ce four “mixte”est capable de cuire par convection et à la vapeur avec des degrés et des temps de cuisson différents pour chaque niveau – quatre en tout. Sa sonde à piquer intégrée permet de contrôler en direct la cuisson du plat. Équipé d’un écran tactile de commande, le four Zenith Millenium fonctionne au degré près. Grâce à son port USB, il est capable de télécharger une centaine de recettes… Et cerise sur le gâteau : il est entièrement conçu et fabriqué en France, labellisé Origine France Garantie ! Une vraie bête de compèt’ au prix mitonné de 5 000 euros.

Ce petit bijou high-tech est fabriqué par l’entreprise Bourgeois, la dernière usine de fours en France. Implantée depuis 1946 au bord du lac d’Annecy, à Faverges, cette PME haut-savoyarde est avant tout spécialisée dans les fours à destination des professionnels de la restauration : chefs étoilés, écoles, maison de retraites, armée française, établissements scolaires, etc. Mais avec le lancement en 2012 de son four Millenium (gamme Zénith), Bourgeois s’est lancé sur le créneau du grand public. Une prise de risque pour cette PME d’une soixantaine de salariés, mais un créneau porteur compte tenu du succès grandissant des émissions de cuisine à la télévision.

Bourgeois-fours Zénith

Les fours Zenith Millenium pour les professionnels prêts à l’expédition.

Innover pour résister

La petite entreprise haut-savoyarde se développe, grossit et innove ! En 2013, Bourgeois a racheté la société Métal Industrie et ses deux marques : Solymac (marque de fours à pizza – la Rolls du four selon les pizzaïolos interrogés – et de fours à planchas, grill, friteuse) et Delaubrac (“le piano des chefs”, des gros fourneaux émaillés pour la cuisson au gaz). Aujourd’hui, son chiffre d’affaires atteint les 7 millions d’euros pour une capacité de production mensuelle de 200 fours.

Côté environnement, les fours de la gamme Zenith sont les premiers fours français éco-certifiés. Ils utilisent moins d’énergie que les fours traditionnels lors de la cuisson et du lavage et ils sont pensés pour être entièrement recyclés ! 20 à 40 % d’énergie en moins, ce n’est pas rien !  Pour son travail sur l’éco-conception, Bourgeois a été récompensée par le label « Entreprises et Environnement » du ministère de l’écologie et de l’ADEME, l’Agence De l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

Bourgeois - Delaubrac, “le piano des chefs”

Delaubrac, “le piano des chefs”

Du poinçonnage de la tôle au montage des éléments, tout ou presque est fabriqué dans l’atelier de Faverges. Seuls quelques éléments de plomberie, les circuits électroniques ainsi que la matière première – l’acier inoxydable, l’inox – sont importés. “On a des trous dans la filière,” explique Guy Babolat PDG de Bourgeois. Il y a encore dix ans, Bourgeois se fournissait en inox auprès du groupe Péchiney, à Ugine, 10 km plus loin. Mais l’aciériste savoyard a été racheté par la multinationale canadienne Alcan en 2003, elle-même avalée en 2007 par l’anglo-australien Rio Tinto. Résultat: le groupe Péchiney n’a pas résisté et l’inox a bel et bien disparu de notre territoire. Une fois de plus, nous retrouvons cette problématique de “filière à trous” en raison d’une matière première disparue: filatures alsaciennes, plastique jurassien et maintenant acier savoyard !

 Sauvé par la SCOP

Bonne nouvelle, en SCOP, pas de risque de délocaliser ! Fondée en 1946 par Maurice Bourgeois, développée puis rachetée par l’équipementier automobile Valeo, Bourgeois était au bord du dépôt de bilan quand elle a été reprise au début des années 80 par ses salariés en SCOP. Une SCOP ou Société Coopérative Ouvrière de Production est un statut juridique particulier puisque l’entreprise appartient à ses salariés qui possèdent au minimum 51% du capital. La gouvernance de l’entreprise est démocratique : Opérateurs de production et PDG possèdent le même poids au moment du vote sur les décisions stratégiques. Enfin, 40 à 45% du résultat net de l’entreprise est exclusivement réservé au développement de nouveaux produits, à l’investissement et à l’anticipation des coups durs.

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Excoffon Emmanuel – Responsable de Fabrication et Fayek Mohammed – Technicien SAV

L’ambiance à l’atelier n’est pas non plus la même que dans une entreprise classique. Ici, les salariés prennent le temps de discuter, de parler de leur entreprise. “Je suis actionnaire de ma boîte. Mon poste de soudage, c’est un peu à moi aussi,“ raconte Isabelle Muraz, soudeuse depuis quinze ans chez Bourgeois. Ici, le salaire moyen mensuel est d’environ 2300 euros. Néanmoins, comme toute entreprise, Bourgeois connait des creux d’activité et doit recourir au chômage partiel – ce fut le cas lors de notre visite – et parfois même aux licenciements économiques. Les frustrations des salariés existent aussi.

“Nous, les PME, devons travailler ensemble, nous mettre en réseau! Quand on cherche un partenariat ou un sous-traitant, on doit privilégier dans la mesure du possible une entreprise proche de nous,” répond le PDG (élu !) de Bourgeois Guy Babolat. Ce dernier a contribué à la création de ce label OFG en 2011 avec d’autres entreprises. “Plus il y aura de produits labellisés et d’entreprises parties prenantes, plus le label sera crédible” Et de tempêter contre les grandes entreprises françaises qui ne labellisent pas leurs produits, pénalisant ainsi les plus petites. “En Suisse, l’étiquette “Suisse Made” profite aux petites entreprises parce que les prestigieux groupes horlogers sont eux-mêmes labellisés. Les grands tirent les petits vers le haut. C’est de cela dont nous avons besoin.”

Tous les produits de l'entreprise Bourgeois sont labellisés OFG.