Etape 01 – Une chaussette grand cru

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Cap à l’est pour démarrer ce tour de France du Made in France ! Nous sommes depuis dimanche en Alsace, à Dambach-la-Ville, non loin de l’inquiétant château fort du Haut-Koenigsbourg. Au loin, la frontière allemande et la forêt noire; derrière nous, la vigne poussant aux flancs des Vosges; devant nous, la plaine d’Alsace qui s’étend à perte de vue. Notre première étape est une usine de chaussettes. Amis des paires dépareillées et trouées au gros orteil, ce billet est pour vous !

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Labonal, pour La Bonneterie Alsacienne, est une entreprise quasi centenaire fondée en 1924 par une famille d’industriels russes ayant fuit la révolution de 1917. Son slogan vieille France est resté le même depuis: “des chaussettes qui ne tombent pas, bien taillées, ne font pas mal et s’usent lentement”. Les fondateurs ne se sont pas trop creusés pour trouver un emblème: la sculpture de panthère sur la cheminée familiale fera l’affaire…


“Des chaussettes qui ne tombent pas, bien taillées, ne font pas mal et s’usent lentement”Labonal

La marque de fabrique de Labonal ? Le confort et la qualité. Les chaussettes sont tricotées sans couture au bout des doigts de pieds, un chimiste travaille à demeure dans son laboratoire de R&D, les chaussettes sont lavées, vérifiées, repassées et pliées à la main avant expédition. Bienvenus dans le temple de la socquette haut-de-gamme !

Nous pénétrons dans la salle des machines, véritable nurserie qu’il faut sans cesse nourrir de fils de couleurs. Une centaine de machines s’activent toutes aiguilles dehors. Un lieu fascinant de technologie mais déshumanisé. 2 personnes seulement sont nécessaires pour contrôler 30 machines: un technicien et une bonnetière. Il faut aller aux “finitions” (repassage, remaillage, pliage et conditionnement) pour voir réapparaître les mains des ouvrières.

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L’automatisation et la saignée du secteur textile a fait ici des ravages ces dernières décennies. 1000 personnes ont travaillé dans cette usine ! Les étages vides de la grande bâtisse Labonal témoignent de cette époque où le textile Alsacien rayonnait mondialement. De restructurations en restructurations, l’entreprise fait aujourd’hui travailler 110 personnes. Dernière reprise en date, celle de Dominique Malfait, actuel PDG, qui a racheté en 1999 cette usine avec 2 autres cadres de Kindy. Le groupe textile se débarrassait alors de nombreux sites en France et Dambach-la-ville était sur la liste. La nouvelle équipe a elle aussi sacrifié des emplois. La seule solution possible, selon elle, pour pérenniser l’entreprise. La moitié des postes ont été supprimés – une centaine de personnes – lors de ce dernier épisode. D’ailleurs, les panneaux à destination des salariés expliquant le « Lean management » trônent en bonne place à l’entrée du site de production, preuve que la polyvalence et la recherche d’économie ont été l’une des recettes appliquée lors de la reprise.

C’est Dominique Malfait, justement, qui assure la visite. C’est un patron qui a les mains dans le cambouis et qui connait son métier. Normal, c’est l’ancien directeur industriel de l’époque Kindy. Toujours fourré dans la salle des machines. On peut dire qu’il use de la chaussette à parcourir son usine! Il faut l’entendre parler de ses bécanes comme si c’étaient des instruments de musique. Des anciennes machines entreposées dans le bâtiment Labonal début de siècle, il voudrait en faire un musée.

Le Labonal du 21ème siècle est aujourd’hui l’un des derniers fournisseurs en chaussettes des grands magasins et détaillants implantés sur le territoire français. Un magasin d’usine magnifique a été créé dans les anciens bâtiments de l’usine, des chaussettes techniques ont été ici brevetées comme les chaussettes anti-tiques et anti-moustiques. Bref, l’innovation pour exister.

Machines italiennes (on n’en fabrique plus en France), coton turc (on n’a jamais eu de champs de coton en France), laine italienne et belge (on n’a plus de filature française), petite usine tunisienne de complément Mais Marque et savoir-faire français, capital français (pas d’actionnaires extérieurs pour ne pas être asphyxié par de simples investisseurs qui ne connaissent pas le métier) et masse salariale française à plus de 75%. Labonal mérite bien sa place dans notre tour de France du Made in France ! Fin de la visite.

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Cette nuit, nous laissons Schumi au garage. Nous sommes invités à Mulhouse, le “Manchester français”, chez Béatrice et Thiebault, un couple de passionnés qui nous ouvrent les portes de leur loft pour 3 nuits. On est vraiment gâtés. Il ne faudrait pas qu’on s’habitue trop au confort. Mais les chaussettes sans coutures, si vous saviez…