Etape 02 – Des poulies et des hommes

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Pour trouver l’origine des poulies marines de l’entreprise Dryade, il faut suivre le bout’ de vie de Christian Terreaux et faire escale en 1992. Passionné de voile et de travail manuel, cet architecte urbaniste franc-comtois achète avec sa femme Monique un vieux bateau qu’ils commencent à retaper dans leur ferme en vielles pierres près de Besançon. Il manque des poulies au bateau, Christian en dessine une en forme de grain de café, à la fois technique et traditionnelle. Les copains veulent les mêmes pour leurs bateaux. Christian en fabriquent une, puis deux, puis trois, puis dix… C’est ainsi que Dryade naît.

Qui croirait que cette petite entreprise familiale, implantée dans le Haut-Doubs à des centaines de kilomètres des côtes maritimes est aujourd’hui mondialement réputée dans le milieu des bateaux à voiles classiques ? Le Marité – terre-neuvier connu grâce à l’émission Thalassa, Hispania – navire traditionnel de la couronne d’Espagne, ou encore le Bella Lucia –  goélette des îles Canaries datant de 1881, etc… Ce sont en tout 300 bateaux traditionnels qui portent le sceau de la famille Terreaux. Nombreux sont les clients qui imaginent une multinationale derrière la TPE Dryade.

 

“Je me suis mis à mon tableau à destin, heu…,  à dessin, et j’ai dessiné des poulies.

Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être la forme, ronde, sensuelle, affective.

Il faudrait chercher loin, au plus profond de l’âme.”

 

Les 2 fils de Christian, Sylvain l’ébéniste et Jean Lou ainsi que sa femme Monique architecte diplômée des Beaux-Arts de Besançon en dessin architectural travaillent en famille de la conception des pièces de gréement en bronze et bois à la pose sur place en passant par la fabrication manuelle. Colliers de mâts, poulies, accessoires de cordage… Dryade propose aujourd’hui 2000 références de produits. Pour leur savoir-faire artisanal d’excellence, ils ont obtenu en 2007 le label “Entreprise du Patrimoine Vivant”. On dirait de Dryade que c’est “l’Hermès de la poulie”.

A partir de leur poulie, devenue le totem de leur société, ils ont créé un bijou, une mini-poulie. Cette miniature fonctionne comme sa grande sœur et peut supporter proportionnellement à sa taille de 16 mm, 80 kg. Son prix élevé, 450 euros environ, permet d’amortir leur activité principale.

Les creux de vagues, il y en a eu. Un procès en cours avec l’équipementier sportif Kappa que Christian accuse d’avoir copié ses modèles brevetés de poulies, de riches clients qui laissent des ardoises importantes… Et puis, un marché de niche très serré, un produit qui dure dans le temps – un peu trop ? – un process de fabrication artisanal et chronophage. Pour s’en rendre compte, il faut faire un petit calcul.

Prenons le modèle de poulie le plus vendu par Dryade : la série classique 800. Bois et bronze. 16 cm de long sur 10 de large. Une tonne CMU garantie ( Charge Maximum Utile ). De la poulie de compèt’.

 

  • Si l’on compte le travail du bois, du bronze, l’assemblage et le vernissage, il faut environ 7 heures de main d’œuvre.
  • Coût de production d’une poulie : 450 euros en comptant la main d’œuvre et les matériaux.
  • Vendue avec le réa ( la roue sur laquelle le bout tourne ) : 680 euros
  • Soit 230 euros gagnés pour 7 heures de travail environ à quoi il faut enlever les différentes taxes. La marge de Christian n’est pas bien grosse…

 

Bien-sûr, ce calcul n’est pas vraiment représentatif du processus de production de Dryade puisque l’entreprise ne produit jamais à l’unité mais en petite série. Mais il donne tout de même un ordre d’idée du rapport temps-argent de ces artisans.

Résultat : les Terreaux ont de l’or dans les mains mais n’en touchent pas beaucoup. En tout cas, juste ce qu’il faut pour continuer de faire tourner la boutique et continuer de rêver de leur bateau à eux, Cala, celui par qui tout a commencé.

Comme une île perdue au milieu de l’océan, la ferme familiale émerge au milieu des blés et des maïs frissonnants. Les Terr’eaux travaillent aussi bien sur l’eau que sur terre. Monique et Christian ont construit une bâtisse magnifique toujours ouverte aux copains voileux et aux amis de passage. Dans la douceur du soir, une lampée de liqueur de sapin régionale pour finir notre étape et l’impression d’avoir fait un grand, très grand voyage.