Etape 03 – Smoby, made in France grâce aux Allemands

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A Lavans-lès-Saint-Claude, dans le Jura, au siège de Smoby, le numéro 1 du jouet en France, le show-room de l’entreprise donnerait le tournis à n’importe quel gosse. On y trouve pêle-mêle des tricycles par dizaines, des tableaux aimantés dernier cri, des camions de ferme motorisés, des poupées à coiffer et recoiffer, des kitchenettes plastiques pour cuire des œufs tout durs, des cabanes de jardin démontables…   Les responsables achats du monde entier viennent ici choisir les produits qui seront vendus dans leurs magasins la saison prochaine. A noter, le « corner » Black et Decker et son joli établi rouge ainsi que la pitchounette kitchenette Tefal. Pour devenir familières des consommateurs de demain, les marques n’attendent pas.

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Chez Smoby, entreprise française depuis 1924 jusqu’à son rachat en 2008 par le groupe allemand de jouets Simba Dickie, 70% des jouets sont réalisés dans l’hexagone. Dans un marché mondial où dominent les jouets asiatiques, Smoby fait figure d’exception. 15% de la production, donc, a été relocalisée en France en l’espace de huit ans. La raison ? Plus pragmatique que philanthropique :

  • hausse des salaires en Chine (15% d’augmentation par an) ;
  • augmentation du coût de transport ;
  • la méfiance grandissante des parents vis-à-vis des jouets chinois après les scandales à répétition (on pense à celui de la peinture au plomb des poupées Mattel en 2007) ;
  • une meilleure réactivité pour les clients français (Smoby vend 50 % de sa production en France)

 

Après avoir licencié plus de 600 personnes sur 1 080 en 2008 lors de la reprise de Smoby par l’allemand Simba Dickie, il reste 430 salariés Smoby répartis sur 3 sites :

  • une usine de production à Arinthod ;
  • une plateforme logistique et une usine de montage et assemblage à Moirans-en-Montagne ;
  • un siège social sur le site historique de Lavans-lès-Saint-Claude.

 

Après s’être délestée de tous ces emplois, Simba Dickie a investi. Beaucoup. En tout, ce sont plus de 30 millions d’euros qui ont été placés par le nouveau propriétaire allemand dans l’entreprise Smoby  :

  • formations pour rendre les salariés polyvalents et les faire « monter en compétences » ;
  • achat de nouvelles machines ;
  • agrandissement des usines et construction de hangars de stockage ;
  • travail en équipe pluridisciplinaire (ingénieur-designer-techniciens) pour gagner en performance économique 

 

En fait, la production a donc été repensée entièrement pour avoir un faible besoin de main d’oeuvre. L’électronique, le tissu et les poupées, secteurs gourmands en travail manuel et délicats, restent quant à eux traités en Chine, en Roumanie et en Espagne dans des usines sous-traitantes de Smoby.

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Nous nous rendons sur le site d’Arinthod, sur le site de production Smoby dédié à la plasturgie, où travaillent 180 salariés. Ici, 90% du parc de machines à injection a été renouvelé, le nouveau hangar de stockage peut aujourd’hui contenir deux à trois semaines de marchandises permettant de prendre de l’avance sur la grosse saison (Noël), les postes ont été repensés pour plus de confort et donc de performance (tapis anti-fatigue, luminosité adaptée, hauteur de l’écran de contrôle), les cadences accélérées. Le directeur du site, Patrice Manin, raconte les transformations de son usine depuis que les Allemands sont arrivés à la tête de Smoby.

Selon lui, la productivité d’Arinthod a doublé. Sur les postes de travail, des jeunes et des moins jeunes dont beaucoup d’hommes entre 40 et 60 ans prenant le temps de s’arrêter pour parler avec nous. Plutôt rassurés d’être passés entre les gouttes du plan social, aucun d’entre eux ne semble regretter l’ancienne époque, celle de la gestion désastreuse de Smoby par la PME de la famille Moquin-Breuil, bien française celle-ci. Des collègues restés sur le carreau en 2008, on préfère pas trop en parler.

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Les salariés apprécient les chèques déjeuners, la participation aux bénéfices de l’entreprise, la complémentaire santé qu’ils n’avaient pas avant et puis surtout le fait que les Allemands n’aient touché aucun dividendes depuis la reprise, réinjectant l’intégralité des fonds dans Smoby France. Pour eux, une garantie de plus contre la tentation d’une nouvelle délocalisation.