Etape 04 – article – Ben, free rider du made in France

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C’est l’histoire d’un rider de 27 ans qui farfouilla un jour avec ses potes dans le grenier d’un shop de skis à la Cluzaz (Ski 3000), tomba sur un carton bourré de lunettes de soleil flashies des années 80, les mit au goût du jour et fit un carton avec ses « MILF » new look,  qui, au passage, signifie « Mother I would like to fuck » mais aussi « Made In La France ».

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Jean-Baptiste Joriot, Thibauld Hudry, Benjamin Dubail et Gilles Hudry, devant le magasin Ski 3000… des Hudry, à la Cluzaz 

Bon. Dit comme ça, on peut aisément comprendre que “Ben” eut du mal à convaincre son entourage de son projet fou (je fabrique en France) et provoc’ (je m’appelle Milf et ça me plait). Et pourtant, la petite entreprise de Benjamin Dubail, aujourd’hui patron de 32 ans de Milf sunglasses commence à tourner 5 ans après sa création. A Annecy, où sa boîte est implantée, il n’est pas rare de croiser des Milf aux arrêts de bus, sur les pontons de bois autour du lac, aux terrasses de café… Ce passionné de sport de glisse et de hip hop US dépoussière l’image franchouillarde du Made in France. Ses lunettes plaisent autant à des rappeurs américains qu’aux free riders. Il propose aujourd’hui 9 collections de lunettes. Le prix oscille entre 70 et 200 euros la paire.

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Avec 4000 paires de lunettes vendues par an dont 10% part à l’export (Nouvelle-Zélande, Liban, Suisse, Japon, Autriche, Caraïbes, etc.  pays de glisse oblige ) et un chiffre d’affaires annuel de 250 000 euros, Benjamin Dubail a pu embaucher son premier employé l’année dernière – Jean-Baptiste, un pote qui n’y croyait pas lui aussi – et se verser son premier salaire, 1800 euros.

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Benjamin n’est pas vraiment un militant du redressement productif dans l’âme. Non, c’est plutôt un mélange de hasard et de marché naissant qui le décidèrent à produire en France ses produits.

 

  • Les lunettes “ski 3000” trouvés dans les cartons ( du nom de la boutique  de la Cluzaz ) étaient fabriquées en France. Leur moule d’origine était français, donc plus facile à reproduire.
  • Benjamin habite à deux pas de la vallée jurassienne du plastique et des lunettes, la fameuse plastics vallée.
  • La tendance à l’achat d’équipement outdoor européen de qualité se confirme.

 

Benjamin a donc joué à fond la carte du Made in France bien avant la marinière et tout le tralala. Et puis avec un nom pareil, “Made In La France”, difficile de faire autrement… Tous ses sous-traitants sont donc Français :

 

  • le fabricant de plastique : Courbevoie (Hauts-de-Seine)
  • les vis de charnières : Morre (Haut-Doubs)
  • les verres découpés : Saint-Claude (Jura)
  • découpage des montures de plastique, métal ou acétate : Oyonnax (Ain)
  • marquage à chaud : Oyonnax (Ain)
  • fabricant de colorants : Oyonnax (Ain)

 

Si l’on en croit Jean Calamand, gérant de l’entreprise Lucal qui découpe les montures des MILF, fabriquer en France comme le fait Benjamin est de plus en plus rare dans le milieu. « Dans une boutique d’optique, les lunettes made in France ou made in Europe représentent seulement 6 à 7 % du magasin. Le reste, c’est 92, 95% de made in China. » Son entreprise, basée à Oyonnax ( Ain ), au cœur du berceau français de la lunette, est l’une des dernière en France à exercer cette activité. Toutes ont mis la clé sous la porte lors « du grand ménage asiatique ». Des comme Lucal, il n’y en aurait qu’une petite quinzaine aujourd’hui en France.

 

 

Et parce qu’un défi – fabriquer des lunettes en France – ne suffisait pas, Benjamin Dubail a élargi son panel de produits et s’est lancé dans les bonnets tricotés main, des cache-cous et des tee-shirt made in France. Bref, Benjamin tricote patriote autour de ses lunettes miraculées.

 

Est-ce que pour ces bons et loyaux services rendus à la nation, ce jeune entrepreneur a été aidé ? Pas le moins du monde. On l’a même invité à fabriquer en Chine pour s’éviter des tas de complications.  “Tout le monde fait la promotion du Made in France, mais quand il faut passer à l’action, y a plus personne… On est pas aidé par les pouvoirs publics” témoigne t-il.

 

Benjamin a-t-il bénéficié d’aides pour fabriquer sur le territoire ? Aucune. De conseils avisés de la CCI pour monter sa boîte ? Services payants ! Des aides à l’export ? Il répond que les subventions UBI France lui ont été supprimées cette année. Pas de salon international pour Benjamin cette année.

 

Quand au « Label Origine France Garantie », impossible de se le payer pour une TPE naissante comme la sienne. “On doit payer 3000 euros pour faire auditionner 1 produit qui fait appel à 3 fournisseurs. Ensuite, c’est entre 800 et 1000 euros à payer pour chaque fournisseur supplémentaire. J’ai une dizaine d’entreprises sous-traitantes que je fais travailler. Je n’en ai pas les moyens. Mes MILF  ne sont donc pas labellisées mais on a une politique de transparence sur l’origine de nos produits”.

 

Alors la Chine,“Je ne m’en cache pas, j’y ai pensé un moment tant c’était compliqué. Bon, pour l’instant, on galère mais on garde le cap! “