Etape 16 – Du cabanon de mémé à la haute technologie, c’est l’histoire de MFTech

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L’histoire de l’entreprise MF Tech débute fin 2003 dans la colère des feux de palettes. Les ouvriers de l’usine MIC (Mécanique Industrie Chimique), fabricant de transpalettes à Argentan (Orne), protestent contre la fermeture de leur entreprise. Le groupe allemand Jungheinrich veut délocaliser la production du site ornais en Chine et 300 salariés doivent être licenciés. Un coup dur pour cette petite sous-préfecture normande qui subit au même moment la fermeture de sa fonderie historique, deux ans après celle de l’usine Moulinex d’Alençon.

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Arnaud Menard et Emmanuel Flouvat, fondateurs de MF Tech

Sur le piquet de grève, il y a Arnaud et Emmanuel, techniciens de maintenance à «la MIC», sept et quatorze ans de boîte respectivement. Avec les autres ouvriers, ils posent des centaines de croix en bois devant la chambre de commerce et d’industrie, pour symboliser le désastre social que cette décision provoque. Ils manifestent pendant six mois pour empêcher la fermeture de MIC, en vain. Arnaud et Emmanuel quittent l’entreprise avec leurs indemnités de licenciement et des aides à la création d’entreprise. Ils ont une idée un peu folle derrière la tête mais qui pourrait peut-être marcher…

MF Tech naît sur les cendres de “la MIC”

Emmanuel est ouvrier mais aussi sportif de haut niveau. Il pratique depuis dix ans le kayak en équipe de France et cherche un nouveau procédé pour renforcer et assouplir ses manches de pagaies. L’enroulement filamentaire de carbone est la technique industrielle couramment utilisée pour cela : On vient enrouler une fine bande de carbone enduite de résine Epoxy autour d’un tube en acier. Après une cuisson et un séchage, on retire le tube d’acier et le manche de pagaie est créé. Le problème? Les machines qui font cela ont des bâtis très encombrants. Elles sont peu souples et très coûteuses. Dans le cabanon de jardin de la grand-mère d’Emmanuel, Arnaud et “Manu” vont donc inventer une nouvelle machine à enroulement filamentaire.

Comme deux savants fous, ils développent un système de tête démontable et adaptable sur un robot à bras articulé. Cette machine se révèle être bien plus souple et modulable que celles existantes. Une petite révolution industrielle. Et une victoire à la clé. Deux mois plus tard, l’équipe de France de kayak gagne les championnats d’Europe, équipée des pagaies façonnées par les robots d’Emmanuel et Arnaud.

En cet fin d’été 2014, nous les retrouvons sur leur ancien piquet de grève, celui de l’usine MIC. C’est là, dans les hangars désertés dix ans plus tôt par les Allemands, qu’ils ont installé leur entreprise : MF Tech (pour Menard & Flouvat Technologie, leurs noms de famille). Aujourd’hui, ils sont ingénieurs et patrons de cette entreprise de 2000 mètres carrés. Sept salariés travaillent avec eux dans l’enroulement filamentaire.

 

Fiers de faire du High-tech normand

MF Tech conçoit différents produits pour les entreprises et les particuliers : des manches de pagaies de kayak bien sûr, mais aussi des mâts de bateaux, des pales d’hélicoptères, des canaux d’évacuation… Cela représente chaque année trois tonnes de carbone importées des Etats-Unis puis enroulées mais seulement 10% de son chiffre d’affaires. Car l’activité principale, c’est la conception de robots à enrouler la matière composite (carbone, lin, fibre de verre, céramique, etc.) MF Tech crée des robots sur-mesure pour chaque client. Si les champs d’application sont vastes (médical, nucléaire, aéronautique, automobile ou sportif), le concept de fabrication est toujours le même. MF Tech achète chez le fabricant allemand Kuka un tronc de robot et lui ajoute une tête. Chaque tête est unique et développée par l’équipe ornaise.

Emmanuel l’imagine, Thomas, le petit génie de la boîte, la modélise, Lionel usine (quelques pièces sont sous-traitées dans les entreprises régionales mais aussi européennes), Pascal assemble et électrifie le panneau de commande, et Arnaud programme les mouvements et déplacements de la tête. MF Ttech installe et assure les formations chez chaque client. Coût d’une machine : entre 100 et 500 000 euros.

Aujourd’hui, MF Tech, c’est deux millions d’euros de chiffre d’affaires, neuf salariés, et représente 10%  du marché mondial de machines d’enroulement filamentaire. Née dans un cabanon de jardin, la petite entreprise ornaise exporte aujourd’hui son innovation aux quatre coins du globe. On peut trouver des machines MF Tech au Brésil, au Venezuela, en Autriche, en Allemagne, en Norvège, en Corée du sud, etc. Une belle réussite pour des ”victimes de la mondialisation” comme dit Emmanuel. Eux, promettent de ne pas délocaliser. Leur petit coin de Normandie, ils ne le quitteraient pour rien au monde. Ils aiment prendre leur expresso le matin au “Café de Paris” d’Argentan avec l’assureur, le boucher, le croque-mort, le cuistot et tous les autres. Une vie de village où, nous aussi, nous nous sommes sentis bien. “Y a des gens qui disent qu’à Argentan, y’a rien à faire, que c’est une petite ville… Nous, on s’est battu pour faire notre projet ici et ça a marché. Et on est fier de pouvoir mettre notre petit drapeau français sur nos machines et nos produits, à côté du logo MF Tech .”