Etape 18 – article – Krampouz, ambassadeur de la crêpe bretonne dans le monde

logo de la marque Krampouz, sur le site de Pluguffan (29)

Lisez le plus vite possible et à haute voix la phrase suivante :

Le billig Krampouz fabriqué à Pluguffan et qui fait des crêpes krasenn rencontre un sacré succès. Le billig Krampouz fabriqué à Pluguffan et qui fait des crêpes krasenn rencontre un sacré succès.

A moins d’être Breton, vous n’avez rien compris à cette phrase. Vous avez même bafouillé pitoyablement, avouez-le. Et pourtant, derrière ce petit exercice d’articulation, se cachent bien des vérités… En langue bretonne, un billig est une machine à crêpes et krampouz signifie crêpe. Bref, Krampouz est une entreprise qui fabrique des billigs dans le Finistère. L’usine se trouve à Pluguffan, près de Quimper. Krasenn évoque le croquant des crêpes dont raffolent les Bretons de ce département. Quant au sacré succès, on va tout vous expliquer…

Mais d’abord, reprenez, à haute voix, la phrase suivante…

Le billig Krampouz fabriqué à Pluguffan et qui fait des crêpes krasenn rencontre un sacré succès…

Bravo. Vous êtes un vrai Breton maintenant. Et oui. Krampouz  (prononcez kranpous) ne connaît pas la crise. « La santé financière de l’entreprise est excellente, » pose en préambule Fabien Rozuel, le directeur marketing qui nous reçoit dans l’usine de Pluguffan. Voilà qui fait du bien à entendre! Née en 1949,  Krampouz, ses machines à crêpes bretonnes et son drôle de nom ont réussi  à s’imposer à l’international avec brio, et ce malgré la disparition de la production française de petit électroménager. Dans cette France morose, la courbe de son chiffre d’affaires impressionne : L’année dernière, l’entreprise a réalisé plus de 12,3 millions d’euros, soit 11% d’augmentation.

30% de son activité est réalisé à l’étranger. On y vend les traditionnels billigs familiaux mais pas seulement. Krampouz fabrique aussi des billigs très sophistiqués, des planchas, des grills en tout genre, des gaufriers destinés aux ménages (40%) et aux professionnels (60%). On peut trouver ses produits en Asie, au Moyen-Orient, en Amérique et en Europe. Krampouz est présente dans 150 pays. Bien sûr, si on observait notre planète depuis un satellite, il y a fort à parier qu’il y aurait, tout à l’ouest du continent européen, une grande et puissante tâche lumineuse… Les Bretons sont les premiers clients de cette entreprise devenue, en l’espace d’un demi siècle, un emblème régional au même titre que les menhirs de Carnac ou le biniou.

D’ailleurs, « on a inventé le diamètre standard de la crêpe : 40 cm, » nous assure le directeur marketing de Krampouz. Ah oui ? On apprend aussi que si Krampouz n’existait pas, il n’y aurait pas eu un tel développement des crêperies en France et dans le monde… Krampouz aurait-elle le trépied qui gonfle ? Ce qui est sûr, c’est que les Bretons sont fiers de Krampouz et solidaires de cette entreprise. 30% du chiffre d’affaires français est réalisé rien que dans cette région. Dans le reste de l’hexagone, les grandes enseignes françaises comme le Club Med, Flunch ou encore Pomme de pain se fournissent chez Krampouz, sans parler des nombreux restaurants et crêperies indépendants.

 

Ce qui est surtout frappant, c’est le succès de cette PME on-ne-peut-plus-Bretonne dans le monde entier. Quelle est la recette de ce succès made in France? Diversification (nous l’avons vu plus haut), innovation, tendance et qualité.

Innovation d’abord ! En Bretagne, dans les années 40, on faisait encore les crêpes sur des plaques en fonte posées sur les braises. C’est un électricien ingénieux du Finistère, Jean-Marie Bosser, qui a inventé la première crêpière à gaz de l’histoire. Cette création a d’abord répondu à un vrai besoin local et rencontré un grand succès. En 1971, il a récidivé en créant la première crêpière électrique. Encore fallait-il  réussir à convaincre les ménagères bretonnes et les restaurants que la cuisson des crêpes était aussi bonne à l’électricité qu’au gaz. Dures à cuire, les Bigoudens ont fini par fondre pour ce billig nouvelle génération.

Puis ce sera le développement des manèges à crêpes, pour augmenter la cadence de cuisson en crêperie; un plateau amovible de récupération de déchets sous les plaques (système breveté); des gaufriers easy clean démontables et nettoyables; l’invention d’une machine à fabriquer des résistances électriques en céramique, etc. Le bureau R&D de Krampouz et ses ouvriers dégourdis perpétuent l’âme de son génial fondateur et innovent encore. On se souvient du succès mondial et made in France des machines Actifry, capables de cuire les frites avec très peu d’huile. A quand un billig dorant les crêpes sans beurre salé?

Le deuxième point fort de la réussite de Krampouz, c’est sa capacité à suivre la tendance. La population urbaine mondiale se nomadise, la cuisine de rue explose, y compris en France, pays de la gastronomie. La «street food» inspire les producteurs d’émissions télé et les chefs étoilés, les «food trucks» (les camions-cuisines) s’implantent dans toutes les grandes villes. Vive la crêpe créative, le panini revisité et la grillade urbaine! Ca tombe bien, Krampouz est dans la place avec ses appareils à cuisson et son billig breton! Chapatis indiens, tortillas mexicaines ou blinis russes, autant de galettes qui peuvent être dorées sur des Krampouz!

 

Troisième ingrédient de cette success story à la française: la qualité. Et la qualité, nous l’avons constaté lors de nos étapes précédentes, c’est la plus-value incontestable du made in France. Intéressons-nous au produit phare de Krampouz : le traditionnel billig. Les plaques de fonte de cuisson sont fabriquées chez un grossiste européen et arrivent brutes chez Krampouz pour être ensuite travaillées. Autrefois, Krampouz possédait sa propre fonderie, mais l’activité a été externalisée pour des questions de normes environnementales et de sécurité. L’inox qui recouvre les circuits électriques sous la plaque est français. La peinture colorée du billig est faite à Brest, non loin de l’usine de Pluguffan. Les éléments plastique, comme le bouton d’allumage et le petit voyant rouge indiquant la température de la plaque, proviennent d’Italie. Il n’y a pas de circuit électronique sur les billigs donc pas de recours aux usines asiatiques. La filerie est achetée en France. Pour un appareil électroménager, c’est pas mal, non ?

Mais les produits Krampouz ne sont pas labellisés Origine France Garantie. Ils possèdent un autre label, «Produit en Bretagne», qui regroupe 300 entreprises et 3900 produits. Ce label a été créé au début des années 90, en réponse à la crise économique qui sévissait (crise de la pêche, choc pétrolier). On commençait alors à parler de délocalisations et de désindustrialisation. Les Bretons voyaient bien que le développement du «croissant fertile européen», allant de l’est de l’Angleterre à l’Italie, les laissait de côté. Inquiets mais audacieux, une poignée de chefs d’entreprises nord-finistériens ont réfléchi à des solutions pour donner à l’économie bretonne un nouveau souffle. Leur idée : sensibiliser le consommateur lors de ses achats et miser sur l’origine bretonne des produits. Le label «Produit en Bretagne» est né sans savoir qu’il serait pionnier en la matière.

Aujourd’hui, le logo au phare bleu sur fond jaune et noir est connu de tous les Bretons. Ils achètent les yaourts Malo et le Breizh Cola pour les marques les plus connues. Ils soutiennent aussi l’industrie manufacturière en achetant, par exemple, des marinières, des séchoirs à linge, des portails de garage ou des billigs Krampouz fabriqués par des entreprises de chez eux.  A la table d’un restaurant de Quimper, devant les crêpes fûmantes-krassen-et-cuites-sur-un-billig-Krampouz, Romain et moi nous prenons à rêver que le made in France ait le même succès.