Etape 19 – Article – Grand bleu pour le fabricant du fameux ciré jaune !

Site de production de Tregunc

 

Le célèbre petit bonhomme jaune à capuche, emblème de l’entreprise de vêtements marins Guy Cotten, fête ses 50 ans en 2014. Avec Romain, nous avons enfilé bottes et ciré pour mettre le cap à Trégunc, dans le Finistère, où se trouve le siège de la PME familiale.

Guy Cotten exporte ses produits dans plus de trente pays. En plus du célébrissime ciré jaune “RosBras”, destiné aux balades en bord de mer et à la plaisance, l’entreprise produit des vêtements techniques à destination des professionnels : pêcheurs, agriculteurs et skippers. Son catalogue compte près de 200 références : des bottes à crampons pour aller aux champs, des vestes cirées fluorescentes pour les traversées océaniques, des tabliers pour la congélation du poisson, etc.

La recette de ce succès made in Bretagne ? Du flair et de l’innovation, encore et toujours. Au début des années 1960, Monsieur Cotten vendait des bleus de travail aux ouvriers pour le compte d’une entreprise des Vosges. C’est lors de ses tournées qu’il s’est rendu compte que les pêcheurs du coin manquaient cruellement d’un équipement adapté à la rudesse de leur métier. Ils étaient équipés de manteaux en cotonnade enduits d’huile de lin, lourds, peu commodes et pas assez étanches. Un vêtement qui n’avait quasiment pas changé depuis les terre-neuvas, au 19ème siècle !

 

L’étanchéité de la vareuse & la commodité d’une veste, recette du ciré

En plus d’être observateur, monsieur Cotten est créatif. Avec sa femme couturière, ils inventent un nouveau vêtement de pêche. Dans les années 1960, le plastique est en plein boom. Le couple de Concarneau va concevoir un vêtement constitué de toile PVC et le proposer aux pêcheurs. Après quelques craquages à l’entrejambe – qui vaudront à monsieur Cotten bien des noms de poissons – des retouches et d’autres essais en mer, l’équipement est adopté par les marins pêcheurs, conquis. C’est le début de la petite entreprise Cotten.

Viendront ensuite les autres inventions, notamment le fameux ciré jaune “Rosbras”. Là encore, c’est l’écoute et l’ingéniosité de monsieur Cotten qu’il faut saluer. Il entend le directeur du club de voile de Rosbras (Finistère) s’étonner : “Comment se fait-il que personne n’ait pensé à créer un vêtement qui aurait l’étanchéité de la vareuse et les avantages pratiques d’une veste ?” Ni une ni deux, l’entrepreneur crée une veste étanche alliant glissière et velcro : le mythique ciré jaune Guy Cotten est né et il accompagnera le développement de la voile en France.

“Notre laboratoire, ce sont les bateaux, nos experts, les gens de mer. Ils sont nos meilleurs conseillers et nous sommes extrêmement attentifs à leurs remarques et à leurs demandes,” raconte Nadine Bertholom-Cotten qui a repris il y a dix ans l’entreprise de son père, décédé l’année dernière.

 

70% des produits Guy Cotten sont fabriqués en Bretagne

L’entreprise s’agrandit, rachète l’entreprise de néoprène Piel et met au point d’autres produits : une combinaison de survie pour les pêcheurs et la marine marchande, une combinaison de triathlon dégrafable par le haut, une capuche tournant avec les mouvements de la tête sans laisser passer les gouttes, “la capuche Magic”, des tissus intelligents, etc.

Guy Cotten compte aujourd’hui trois sites en France sur lesquels travaillent 150 personnes (Trégunc, Landaul et Riec-sur-Belon) ainsi que leur propre atelier à Madagascar qui emploie 120 personnes. “On ne pouvait se développer que si l’on avait un site de production à moindre coût pour résister aux textiles asiatiques.” La pédégère explique le choix de l’Océan Indien : “En Chine et en Tunisie, ce sont de grands ateliers. Nos produits et ceux des autres fabricants de prêt-à-porter sont mélangés. Nous avions peur du piratage de nos innovations. Ce n’était pas sécurisant. Au Maroc, l’administration est complexe. Le choix de Madagascar est le fruit de rencontres.”

Aujourd’hui, 450 000 pièces sont fabriquées chaque année dont 70% en Bretagne. 95% des fournisseurs de matières premières – les tissus et les accessoires – sont Français ou Européens. L’entreprise a réalisé 13,8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013 et son activité progresse d’année en année. Nous quittons le paquebot Cotten sous un soleil radieux. Nous leur souhaitons malgré tout beaucoup de pluie pour l’avenir et pleins de cirés vendus.