Etape 12 – Article – Regain prend le maquis

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Nous rejoignons Castres en région Midi-Pyrénées, pour rencontrer l’entreprise Regain qui confectionne le fameux pull bleu foncé barré de rouge des sapeurs-pompiers. Regain fabrique aussi le pull de l’office national des forêts, celui de la gendarmerie, de la marine nationale… Depuis plus de vingt ans, la petite usine castraise travaille pour les services de l’Etat. Et en 2014, elle se lance vaillamment dans la mode, en créant une nouvelle marque de pulls tendances, « Pic de Nore ». Le Pic de Nore, c’est le sommet des montagnes qui surplombent Castres.

Laurent Brunas, le PDG de Regain, regarde souvent ces montagnes de son bureau. Il écarte doucement le store pour nous les montrer. C’est là-bas, dans ce massif pelé et rougeoyant de soleil, que son grand-père a pris le maquis en 1939-1945. Un exemple pour son petit fils. “Faire des pulls en France aujourd’hui, c’est faire de la résistance” explique-il. Et oui, ici aussi, comme dans d’autres étapes de notre tour, une sale histoire de délocalisation, de filières en miettes et d’usines qui ferment à tour de bras. Laurent Brunas évoque l’ouverture des quotas du textile en 2005.

Comment les fringues asiatiques ont inondé le marché

A l’époque, l’organisation mondiale du commerce (OMC) avait supprimé les quotas d’importation de textiles asiatiques en direction de l’Europe. Confrontée aux fringues à bas coût en provenance de Chine, la plus grande usine du monde, l’industrie textile française a tenté de survivre. Regain et une poignée d’autres usines textile de Castres résistent encore.

Laurent Brunas reprend les rênes de l’entreprise en 2009, alors que la crise bat son plein. Il ne peut se résoudre à abandonner les trente ouvriers et l’outil de travail : 40 ans d’expérience ! Il fait donc le choix de parier à fond sur le Made in France et réussit à passer les années noires grâce à la création et à l’innovation.

Avec le lancement en 2013 de leur nouvelle marque tendance « Pic de Nore », l’entreprise Regain se lance dans le secteur du pull mode haut de gamme. Il faut voir les couleurs flashy et les motifs années 80 qu’on pensait révolus… Dans le milieu branché parisien et au Japon, les pulls « Pic de Nore » font fureur paraît-il !

La “préférence nationale” des achats interdite en Europe

Ce virage mode est accueilli avec enthousiasme par les ouvrières de l’usine. C’est joli, créatif et cela change des pulls pompiers… Mais, pour Laurent Brunas, cette diversification est aussi une façon de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. En effet, les commandes publiques françaises ne peuvent plus garantir l’avenir de Regain et ce, pour plusieurs raisons. D’abord les économies budgétaires imposées par Bruxelles impactent directement les entreprises françaises. Lors des appels d’offres publics, l’Etat français choisit les produits les moins chers. Donc, ceux fabriqués dans le sud et l’est de l’Europe, voire en Asie…  Pas en France ! Ensuite parce que les responsables des achats publics français n’ont aucune obligation d’acheter sur le territoire, contrairement aux Etats-Unis qui réservent un quota important de leurs achats aux entreprises nationales, conformément au Small Business Act. Enfin parce que le code des marchés publics européens interdit aux Etats membres de favoriser leurs entreprises nationales lors des appels d’offres. L’Etat français n’a donc pas le droit de privilégier un fabricant parce qu’il est français, ni de préférer un produit parce qu’il est labellisé OFG (origine France garantie). Les pulls techniques Regain destinés aux services publics n’ont donc pas été labellisés, contrairement aux pulls mode « Pic de Nore ».

Le comble de cette législation ? Regain a été obligé de délocaliser ! Pour survivre face aux pays à bas coût, l’entreprise sous-traite une partie de sa production d’uniformes en Tunisie et au Portugal. “Si je n’avais pas fait cela, j’aurais été obligé de fermer mon outil de travail en France. Cela me permet d’équilibrer la production et de garder les emplois à Castres”, explique Laurent Brunas.

Regain fabrique donc 70 000 articles en France (pull-overs techniques Regain, pulls « Pic de Nore », bonnets et écharpes) mais 200 000 pièces à l’étranger (polos en coton, tee-shirts, polaires, sweats et vestes sportives techniques).

Regain parie sur l’écologie et le made in France

Pour exister sur ce marché hyper concurrentiel, Regain a pris le contrepied des textiles à bas coût en misant sur la qualité, l’écologie et l’humain. L’entreprise a ainsi obtenu le label Lucie ISO 26 000. Cette norme internationale select est LA référence en matière de responsabilité sociale et environnementale pour une entreprise. Regain a réduit sa consommation énergétique, mis en place une filière de recyclage de pulls pour l’isolation phonique des bâtiments, amélioré les conditions de travail, etc. L’écologie, le respect des salariés, la qualité des produits… Voilà ce qui pourrait, un jour, faire la différence entre un produit français et un autre.

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Confection de bonnets