Etape 08 – Des machines à café niçoises

Assemblage des machines traditionnelles

Une petite tâche bleue à l’horizon. Les pins couchés vers on ne sait quoi. L’air qui s’épaissit dans l’habitacle du van. Et au détour d’une falaise, la mer scintillante comme dans une toile de Monet! Nice, tes bougainvilliers roses dégoulinants sur les murets, tes côtes ciselées et ta vieille ville colorée, nous voilà !

L’entreprise familiale UNIC s’est installée dans le coin il y a quatre générations. Depuis 1919, elle conçoit des machines à café professionnelles pour les restaurants et bars du monde entier. En France, UNIC a équipé le café de Flore à Paris, le Martinez à Cannes, les Buffalo Grill ou les établissements Brioche Dorée… L’entreprise niçoise conçoit de A à Z des machines traditionnelles (on remplit soi-même le filtre de café moulu) ou automatiques (on presse un bouton et le filtre se remplit tout seul): Elles s’appellent « Tango », « Stella di caffè » ou encore « Rumba»… Des stars du café.

Préparer un café, c’est un art

Notre visite commence par un expresso racé préparé par Norbert. Installateur-dépanneur-formateur chez UNIC depuis plus de quarante ans, il connaît ses bécanes par cœur. Les machines traditionnelles UNIC sont programmables à l’envi : grammage du café moulu et pression de tassage dans le porte-filtre, température et dosage de l’eau au millilitre près, temps d’extraction… Norbert joue de la « Stella » comme un vrai « barista ».

Les « barista » sont des barmen spécialisés dans la préparation du café. Capables de composer avec les paramètres des machines pour en extraire la meilleure boisson, on les appellent « les sommeliers du café »… Et ils ont le vent en poupe ! Des magazines leur sont consacrés et même des championnats. Une aubaine pour l’entreprise UNIC qui affiche une belle santé financière. Quelques chiffres pour s’en rendre compte : 18 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, 5500 machines à café vendues par an, des filiales implantées au Japon et aux Etats-Unis, des exportations dans une quarantaine de pays.

Tout, sur ces machines, ou presque, est réalisé dans l’usine de Carros, la zone industrielle de l’arrière-pays niçois où une centaine de salariés travaille. Les composants des machines à café sont dessinés par les designer internes de l’entreprise. On en fait ensuite des prototypes. Comme un peintre et sa palette de couleur, Michel pioche dans ses étagères les tubes de plastique, inox, laiton, aluminium de différentes tailles, et il modèle les pièces. Il travaille sur une machine Ernault vieille de 60 ans. Comme quoi, c’était du costaud à l’époque! Les “protos” de Michel ne sont pas usinés en interne, mais dans une usine de la région. Les pièces reviennent ensuite chez UNIC pour  être assemblées. Autrefois, l’usine possédait même sa propre fonderie pour couler les pièces.

UNIC_machine à café_prototypage-1

Michel au tour dans l’atelier prototypage

La chaudière, coeur cuivré de la machine

Casques vissés sur la tête, les soudeurs forment le squelette des machines en collant entre elles les tôles d’inox découpées en amont. Ils fabriquent également les chaudières des machines à café UNIC. Ces gros réservoirs en cuivre sont constellés de mamelons, petites embouchures où sont ensuite placés les tuyaux d’eau et d’air. Marc, 53 ans, est entrain d’en souder une : c’est une opération à cœur ouvert à laquelle nous assistons. Elle nécessite le bon coup de marteau pour ne pas déformer le réservoir et une soudure parfaite garantissant zéro fuite au moment du fonctionnement.

A l’abri des coups de marteau et des chalumeaux, c’est le montage des pistons qui servent à tasser le café dans le porte-filtre des machines automatiques. Les pistons bien alignés devant les ouvriers monteurs, on se croirait dans un atelier de bombes clandestines… Plus loin, l’atelier peinture, visserie, etc. et l’assemblage, étape cruciale ! C’est là que les machines prennent vie avec la pose des composants électroniques, des tuyaux qui relient toutes les parties les unes aux autres. Et puis, enfin, l’expédition des machines dans le monde entier.

Dans son petit coin d’usine, Aldo fait un sacré boucan. Et que je te fais siffler la pression, et que je te vidange tout ça… Aldo est chargé de tester toutes les machines à café avant expédition aux clients. Son atelier, c’est une rampe de décollage à lui tout seul.

Allez… Un dernier café avant de reprendre la route… Le cinquième de la journée ! L’occasion de faire le point sur le made in France façon UNIC. Bon, les salaires ne sont franchement pas mirobolants dans l’usine comme nous l’ont dit pas mal de salariés, la fonderie d’antan a disparu (sous-traitée à d’autres entreprises), l’électronique et l’inox ne sont plus fabriqués en France (souvenez-vous, chez le fabricant de fours Bourgeois (cf. étape 06), c’était le même problème !). Mais voilà une boîte qui se porte bien, qui exporte et fait de beaux produits. Elle a déposé de nombreux brevets dans son domaine, n’a jamais délocalisé et tient tête aux Italiens, rois du café ! Un bravissimo bien corsé, donc, à l’entreprise UNIC de la part de l’équipe du Tour de France du made in France.